A 9 heures, je dois faire mon voyage vers Dieu

 

 

           Certains personnages historiques ont de belles morts. Je pense à Andreas Hofer[1], le héros vénéré de tout le Tyrol, humble paysan tenant tête à la grande Armée de Napoléon envahissant ses montagnes. Traqué de toutes parts, cachés dans un refuge de haute montagne, par un froid glacial, il médite. Il prie. Longtemps. Avec ferveur. Ses souffrances, il les offre au ciel pour le salut de son âme, pour celui des hommes morts pour le Tyrol. S’il pleure, ce n’est pas par manque de courage : c’est parce qu’il songe à ses tirailleurs blessés, mutilés. Aux femmes déshonorées. Aux demeures ruinées. Au combat perdu pour Dieu, l’Empereur (d’Autriche) et la Patrie. S’enfuir, ce serait impossible. Un chef ne quitte pas son peuple. Un chef ne renonce pas. Un chef espère jusqu’à ses dernières limites. IL écrit : «  Seul me fait peur le sévère tribunal de Dieu où je devrai rendre compte de ceux qui m’étaient confiés. Parce que sous ce gouvernement ennemi, ce n’est pas seulement les choses de la terre qui sont perdues, mais aussi les âmes de millions d’hommes qui deviennent la proie du démon par leurs péchés ». Abandonné de son empereur bien-aimé, trahi par un des siens pour un peu d’argent, il est capturé, ligoté, barbe arrachée, pieds nus, laissant dans la neige une trace rouge-sang, il exhorte sa femme Anna, et son fils de 15 ans : «  Offrez vos souffrances à Dieu ! » Et dans sa dernière lettre à son épouse, menottes aux mains : «  Je m’abandonne entièrement à la volonté du Seigneur. Je me suis toujours comporté comme un homme d’honneur, et je ne crains donc rien. » Il refuse le bon repas offert par les officiers français qui l’ont capturé. N’est-ce pas vendredi ?  Et d’égrener son rosaire. Il est condamné à mort par Napoléon, avant même d’être jugé par un simulacre de tribunal.

            Dans un ultime message : «  La volonté de Dieu est que je passe de la vie à l’éternité, mais que Dieu soit béni pour sa divine grâce ! Il m’est aussi facile de mourir que de m’occuper d’une autre affaire. Dieu me fera bénéficier de sa grâce jusqu’au dernier moment, afin que je puisse rejoindre ce lieu où mon âme se réjouira en compagnie de tous les saints, où je pourrai prier Dieu pour tous, jusqu’à ce que nous nous retrouvions au ciel, et que nous y louions Dieu sans fin. Adieu, mon monde méprisable ! Il m’est si facile de mourir que mes yeux ne sont même pas humides. A 9 heures, avec l’aide de tous les saints, je dois faire mon voyage vers Dieu »

            C’est le testament d’un homme transfiguré. Au prêtre qui l’a confessé et communié, il confie son chapelet et son crucifix. Il refuse d’avoir les yeux bandés. Il commande le feu lui-même. A la première salve, il tombe à genoux.

        Dernier geste de l’armée française qui avait commis tant de massacres dans son Tyrol tant aimé : un détachement présente les honneurs autour de son corps …

             C’est le 20 février 1810.

 

 

 

 

[1] . voir : Jean Sévillia, Le chouan du Tyrol, Perrin 2000,pp210 ss…

A 9 heures, je dois faire mon voyage vers Dieu

 

 

           Certains personnages historiques ont de belles morts. Je pense à Andreas Hofer[1], le héros vénéré de tout le Tyrol, humble paysan tenant tête à la grande Armée de Napoléon envahissant ses montagnes. Traqué de toutes parts, cachés dans un refuge de haute montagne, par un froid glacial, il médite. Il prie. Longtemps. Avec ferveur. Ses souffrances, il les offre au ciel pour le salut de son âme, pour celui des hommes morts pour le Tyrol. S’il pleure, ce n’est pas par manque de courage : c’est parce qu’il songe à ses tirailleurs blessés, mutilés. Aux femmes déshonorées. Aux demeures ruinées. Au combat perdu pour Dieu, l’Empereur (d’Autriche) et la Patrie. S’enfuir, ce serait impossible. Un chef ne quitte pas son peuple. Un chef ne renonce pas. Un chef espère jusqu’à ses dernières limites. IL écrit : «  Seul me fait peur le sévère tribunal de Dieu où je devrai rendre compte de ceux qui m’étaient confiés. Parce que sous ce gouvernement ennemi, ce n’est pas seulement les choses de la terre qui sont perdues, mais aussi les âmes de millions d’hommes qui deviennent la proie du démon par leurs péchés ». Abandonné de son empereur bien-aimé, trahi par un des siens pour un peu d’argent, il est capturé, ligoté, barbe arrachée, pieds nus, laissant dans la neige une trace rouge-sang, il exhorte sa femme Anna, et son fils de 15 ans : «  Offrez vos souffrances à Dieu ! » Et dans sa dernière lettre à son épouse, menottes aux mains : «  Je m’abandonne entièrement à la volonté du Seigneur. Je me suis toujours comporté comme un homme d’honneur, et je ne crains donc rien. » Il refuse le bon repas offert par les officiers français qui l’ont capturé. N’est-ce pas vendredi ?  Et d’égrener son rosaire. Il est condamné à mort par Napoléon, avant même d’être jugé par un simulacre de tribunal.

            Dans un ultime message : «  La volonté de Dieu est que je passe de la vie à l’éternité, mais que Dieu soit béni pour sa divine grâce ! Il m’est aussi facile de mourir que de m’occuper d’une autre affaire. Dieu me fera bénéficier de sa grâce jusqu’au dernier moment, afin que je puisse rejoindre ce lieu où mon âme se réjouira en compagnie de tous les saints, où je pourrai prier Dieu pour tous, jusqu’à ce que nous nous retrouvions au ciel, et que nous y louions Dieu sans fin. Adieu, mon monde méprisable ! Il m’est si facile de mourir que mes yeux ne sont même pas humides. A 9 heures, avec l’aide de tous les saints, je dois faire mon voyage vers Dieu »

            C’est le testament d’un homme transfiguré. Au prêtre qui l’a confessé et communié, il confie son chapelet et son crucifix. Il refuse d’avoir les yeux bandés. Il commande le feu lui-même. A la première salve, il tombe à genoux.

        Dernier geste de l’armée française qui avait commis tant de massacres dans son Tyrol tant aimé : un détachement présente les honneurs autour de son corps …

             C’est le 20 février 1810.

 

 

 

 

[1] . voir : Jean Sévillia, Le chouan du Tyrol, Perrin 2000,pp210 ss…