Doctor Honoris Causa 

de l'Université Jean-Paul II à Lublin 

(Pologne) 

     Le 24 avril 2009  l'Université catholique Jean-Paul II de Lublin (Pologne) décerne au P. Daniel-Ange le titre de 

                                                                           Doctor Honoris Causa

  

" L'université Catholique Jean-Paul II, désire exprimer ainsi sa considération et sa profonde reconnaissance à ce prêtre amoureux de l'Amour divin, qui, à travers ses initiatives missionnaires et son ardente activité pastorale, prêche l'espoir aux jeunes, en leur montrant la plénitude de l'Evangile qui exige la vérité et libère l'amour."

Mgr A. Siemieniewski, Professeur à la faculté de théologie pontificale de Wroclaw présente l'oeuvre de Daniel Ange en ces termes :

  

"La clef de l’œuvre

 

         L'œuvre de Daniel-Ange ne relève pas de la réflexion scientifique traditionnelle, rythmée par la succession logique des arguments. Dans la plupart de ses textes, l'auteur cherche plutôt à interpeller son lecteur et le toucher par une description vive et passionnée de la réali­té. Il s'agit chaque fois d'une réalité perçue avec les yeux d'un chrétien engagé, et chaque fois, derrière la description de l'état de choses actu­el et pathologique, transparaît une autre vision, celle de la réalité dési­rée, assainie par l'action de la puissance divine. Ce genre de vision, il est habituel de l'appeler prophétique. Il me semble que dans le cas de Daniel-Ange, il n'est pas exagéré d'employer ce terme.

    L’engagement émotionnel de l'auteur ne signifie pas pour autant qu'il prône un anti-intellectualisme. Bien au contraire, «si tu veux être témoin, sois théologien»', proclame Daniel-Ange. Et il rappelle en outre : la théologie, c'est la sainteté de l'esprit. Voilà pourquoi ses textes sont parsemés de citations de théologiens qui sont en même temps des saints : des pères de l'Eglise, d'abord, et des grands doc­teurs des siècles passés. Et si l'on y trouve également des paroles des auteurs contemporains, comme Mère Thérèse de Calcutta ou Jean Paul II, c'est parce qu'elles s'appuient sur l'autorité d'une sainteté éprouvée sous les yeux du monde entier.

        Enfin, Daniel-Ange fait par­fois entendre les voix des jeunes, qu'il s'agisse des témoins de la Bon­ne Nouvelle, appelant la sainteté par les expériences déchirantes de leurs vies, oudes personnes livrant les témoignages de leurs premiers contacts avec la sainteté. «On ne devrait parler de la Sainte Trini­té autrement qu'agenouillé, et surtout en fléchissant les genoux du Cœur, à l'abri de tous les regards» C'est pour cette raison que la pen­sée de Daniel-Ange se distancie de la doctrine des «théologiens de la suspicion». Comme il remarque avec justesse, «les enfants de l'Eglise ont été déstabilisés davantage par certains théologiens libéraux que par les enfants de l'Ere du Verseau».

        Quels sont les principaux aspects de cette théologie engagée, exis­tentielle et ecclésiale ? D'une manière très générale, on peut indiquer quatre grands courants dans la pensée de Daniel Ange, lesquels se manifestent aussi dans ses écrits. Tout commence chez lui par la  fascination de la Source, c'est pourquoi il confère une valeur fondamentale à la connaissance, à l'adoration et à la glorification du mystère le plus profond de la foi chrétienne, celui de laSainte Trinité. Il passe ensuite à l'Eucharistie qui est la manifestation la plus intense de la Présence de Dieu au sein de son peuple. A partir de ce sacrement, il s'avance vers la réalité de l'Eglise — sainte grâce à la sainteté qui lui a été offerte par Dieu et pécheresse à cause des péchés commis par ses membres. Ce qui fascine particulièrement Daniel-Ange à l'intérieur de l'Eglise, c'est la perspective d'une unité spirituelle entre les catho­liques et les orthodoxes.

         Le quatrième et le dernier élément à évoquer, c'estla mission que l'Eglise ainsi conçue doit accomplir de nos jours : celle de prêcher l'espoir aux jeunes. Il s'agit par là de prêcher l'Évangile tout entier, c'est-à-dire celui qui exige la vérité aussi bien que celui qui libère l'amour. On ne saurait ne pas évoquer d'ores et déjà, à titre d'exem­ple, Le Pâtre blessé, l'ouvrage tellement connu et tellement profond dans son contenu, bien que simple dans sa forme.

         Lorsqu'il évalue la condition de la société post-chrétienne occi­dentale, Daniel-Ange s'exprime avec une étonnante franchise. L’ « or­phelinage » du monde, dont il était question au début, est dû surtout à l'impossibilité d'accès direct à Dieu le Père et, par conséquent, à l'absence de la cordialité familiale dans les relations interhumaines. On ne saurait pourtant aider l'orphelin enlui rappelant à haute voix et avec insistance qu'il est délaissé. Ce qui importe, c'est plutôt de lui indiquer le chemin du foyer familial.

          Le peuple des témoins, c'est l'Eglise de Dieu qui proclame : «Mais quand le moment fixé fut arrivé, Dieu envoya son Fils : il naquit d'une femme et fut soumis à la loi juive, afin de délivrer ceux qui étaient soumis à la loi, pour que nous puissions ainsi devenir fils de Dieu. Pour prouver que vous êtes bien ses fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, l'Esprit qui crie : Mon père ! Ainsi, tu n'es plus esclave, mais fils» (Gal 4.4-7). L’Eglise rappelle aussi que c'est en effet par le Christ que nous tous, Juifs et non-Juifs, nous pouvons nous présenter devant Dieu. Par conséquent, vous les non-Juifs, vous n'êtes plus des étrangers ou des gens venus d'ailleurs ; mais vous êtes maintenant concitoyens des membres du peuple de Dieu et vous appartenez à la famille de Dieu» (Eph 2, 18-19). Le mes­sage théologique de Daniel-Ange doit être interprété ainsi avec cette clef-là, c'est-à-dire comme le diagnostic d'une maladie et comme la découverte d'un remède, tout en sachant qu'il faut toujours prendre comme point de départ l'aspect le plus connu de son œuvre, à savoir l'aspect pastoral.

 

Un diagnostic émouvant et un remède efficace

 

        «Va placer un guetteur, qu’il annonce ce qu'il verra !» (Es 21,6), voici la première étape de la mission théologique que Daniel-Ange tâche d'accomplir. Le chrétien est pour lui le guetteur d'Esaïe, et le lieu où doit se réaliser sa vocation, c'est un poste de garde, un observatoire — c'est dans cette formule que se résume la trilogie pasto­rale de notre Auteur. Les trois volumes successifs qui reprennent le motif du guetteur s'articulent d'abord en un diagnostic de «la nuit du monde» («Veilleur, où en est la nuit [...I ?» — Es 21,11) exprimé dans Guetteur ! Le cri de la nuit, l'entends-tu ? (1993). L’appel dramatique de ce titre se trouve amplifié par l'autorité de l'archevêque Christoph Schönborn de Vienne, auteur de la préface. Jean Vanier, une autre grande autorité, quoique de caractère différent, a préfacé un autre ouvrage de notre Auteur, Les Noces de Dieu où le pauvre est Roi paru en 1998.

          Mais Daniel-Ange ne s'arrête pas dans sa perception du monde à cette nuit que constitue selon lui la culture de la mort. D'où la né­cessité d'un deuxième volume qui incite à percevoir la lumière de l'aube : Guetteur ! Les feux de l'aube, les vois-tu ? (1995), ouvrage qui s'inspire à d'autres paroles du veilleur d'Esaïe : «Et le veilleur répond : Le matin vient» (Es 21,12). En effet, les signes de l'espérance se font entendre mieux que les mauvais présages de la culture de la mort : ces signes se traduisent aussi bien par les foules innombrables de jeunes gens réunis autour de Jean Paul II que par des millions d'actes indi­viduels de la foi courageuse et généreuse évoqués et décrits dans ce livre. Le tout est couronné d'une question : «Guetteur ! L'éclat du jour l'attends-tu ?».

         La trilogie que nous venons d'évoquer a préparé d'une certaine manière l'appel de Jean Paul II lancé lors de la XVIIe Journée mon­diale de la jeunesse à Toronto en2002 : «Quand la lumière s'affaiblit ou s'éteint, nous ne voyons plus distinctement le monde autour de nous. Au cœur de la nuit, nous risquons d'être saisis par l'angoisse et de nous sentir menacés ; nous attendons alors impatiemment l'avè­nement de l'aube. Chers jeunes gens, c'est à vous d'être les guetteurs du matin (cf Es 21 1 1-12)qui annoncent la venue de ce soleil qu'est le Christ ressuscité». Ainsi la voix de Daniel-Ange peut-elle être dé­finie comme prophétique, puisqu'elle interprète les problèmes essen­tiels de la vie chrétienne et qu'elle formule des réponses sanctionnées par la Bible et pourvues d'un ancrage ecclésial. «Ce livre est un mo­deste cadeau pour mon Eglise bien aimée», a-t-il écrit dans la préface àL'Etreinte de feu en 2000. Cet aveu vaut sans doute pour l'ensem­ble de l'œuvre de Daniel-Ange. L'émerveillement devant les résultats de recherche des facultés théologiques caractérisée par la course aux nouveautés n'est que faiblement marqué, en revanche, on y trouve de nombreuses citations empruntées au Moyen Age byzantin, aux mystiques de tous les siècles de l'Eglise, à Jean Paul II, tout cela étant constamment baigné de lumière de la parole divine des Écritures. On y reconnaît aisément les modèles de tous ceux à qui Daniel-Ange a puisé, par exemple celui de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, que l'on a appelée Apôtre et Martyre, et à qui on se réfère au début du XXI' siècle davantage qu'à la fin du XIXe. Notre Auteur a d'ailleurs lui-même opéré le rapprochement prophète=guetteur=pasteur, bien qu'il vise là d'autres et non lui-même.

         Il utilise à plusieurs reprises des métaphores médicales : le cancer de la peur et de la solitude, l'atrophie de l'ossature sociale (due à la dénatalité), la gangrène de l'érotisme et du mensonge — voilà le dia­gnostic de la société contemporaine lequel vise d'abord l'intérieur de l'homme (la solitude), ensuite son environnement social (la chute dramatique des naissances) et les relations interhumaines.

         L'inestimable don de la pensée théologique de Daniel-Ange ne tient pas à la rigueur du raisonnement, mais plutôt à la mise en relief des pensées-perles comme par exemple celle-ci, provenant du Liban en guerre : «je suis handicapé corporellement pour toute la vie, mais heureusement mon âme, elle, n'est pas handicapée». C'estun véri­table art de la vie chrétienne que de savoir capter de telles voix dans le tumulte du monde contemporain ; c'est une qualité précieuse de l'esprit théologique que de les noter et les intégrer dans un ensemble cohérent des signes de l'espérance évangélique ; c'est un grand mé­rite, enfin, que de nous les transmettre à travers une œuvre foison­nante qui ressemble si souvent à un journal spirituel. Cette œuvre ne laisse pourtant transparaître aucun égotisme qui accompagne parfois ce genre d'écrits, parce qu'il s'agit là d'un enregistrement non pas des expériences propres de l'auteur, mais des expériences du monde. Ce journal, si c’en est un, définit en fait l'état d'âme de notre civilisation selon une optique profondément chrétienne. Si l'auteur y note les manifestations de la culture de la mort, ce n'est pas sous la forme des tableaux fournissant des données statistiques, mais plutôt sous la forme des sensations d'un cœur endeuillé : «Une école catholique en Suisse : l'année dernière, quatre suicides sur 1200 élèves. Quatre familles d'effondrées ! Quatre classes sous le choc !»

 

Vers les profondeurs silencieuses

 

        Les amoureux de l'amour — cette désignation que Daniel-Ange rap­porte à autrui rayonne aussi dans bon nombre de ses propres travaux. L'étreinte de feu (2000) est une sorte de manifeste littéraire d'un prê­tre amoureux de l'amour de Dieu. Daniel-Ange retrouve cet amour dans les témoignages de la foi donnés par L'Eglise orthodoxe, incar­nés d'une manière emblématique dans l'icône de la Sainte Trinité de Roublev, mais visibles aussi dans la vie des martyres russes et dans celle des croyants de tant d'autres pays de l'Est. L’oecuménisme de l'auteur est complètement privé d'éléments idéologiques, caractéristiques de milieux contestateurs. Il se fonde sur la foi et sur l'expérience com­munes, surtout sur l'expérience des martyrs du XXe siècle. C'est ainsi que Daniel-Ange nous révèle l'harmonie des voix chrétiennes appar­tenant à différentes traditions de la spiritualité. «Quand je rencontre mes frères «reformés» ou «orthodoxes» — cette grâce m'a d'ailleurs été accordée dès mon enfance — j'aime entendre une symphonie unique tout en distinguant les parts exécutées par chacun». Il sait se réjouir des succès de l'évangélisation de Billy Graham, ainsi que des pèlerina­ges massifs des jeunes à Taizé, «lieu où il n'y a rien d'intéressant à voir, mais où il y a tant de choses à entendre». Il ne s'agit donc pas là d'un œcuménisme issu des prémisses logiques, mais plutôt d'un œcumé­nisme résultant de l'admiration vouée à la présence du Christ dans les frères dans la foi, eux aussi embrassés dans l'«étreinte de feu» divine.

        L'œuvre littéraire de Daniel-Ange est incontestablement celle d'un charismatique qui semble enivré par le Saint-Esprit, mais cet enivrement — conformément à la Tradition de l'Eglise — est un enivre­ment sobre. Rien ne résume mieux ces milliers de pages, de style vif, poétique, émouvant et en même temps profondément théologique et ecclésial, que les paroles de cet hymne :

      Cristusque nobis sit Gibus, potusque noster sit rides

      laeti bibamus sobriani ebrietatem Spiritus.

     «Buvons avec joie cet enivrement sobre de l'Esprit »

       La joie du sa­lut, la sobriété de la pensée, l'enivrement par le Saint-Esprit semblent être des fils conducteurs de l'œuvre de Daniel-Ange. Nous utilisons ici le mot «œuvre» non seulement dans son acception la plus tradi­tionnelle, c'est-à-dire comme l'action d'écrire des livres, mais aussi dans un sens plus large, comme l'activité pastorale à laquelle ce mot me semble très bien convenir. L'exergue du livre Les Noces de Dieu où le pauvre est Roi (1998) nous invite à travers les paroles de Rashi : «Frères bien-aimés, laissez-vous enivrer par Dieu». Avec Daniel-Ange, laissons-nous donc enivrer par l'Esprit, tout en sachant que cet eni­vrement est sobre.

         En honorant le père Daniel-Ange du titre de docteurhonoris cuasa, le Sénat de l'Université Catholique de Lublin Jean Paul II prend une décision parfaitement juste. Les autorités de l'Université Catholique de Lublin veulent ainsi reconnaître et apprécier la grande influence que le père Daniel-Ange a exercée sur le milieu théologique polonais, aussi bien sur le plan scientifique que dans la dimension pastorale. C'est donc avec la plus grande estime qu'il faut accepter cette déci­sion par laquelle s'exprime la vive gratitude envers celui dont l'in­fluence bénéfique a marqué la formation intellectuelle et pastorale d'un si grand nombre de personnes en Pologne."

 

Mgr A.Siemieniewski

Professeur à la Faculté de Théologie de Wroclaw

                                                                         Rapport concernant l'attribution au Père Daniel-Ange du titre de

 Doctor Honoris Causa de l'Université Catholique de Lublin Jean-Paul II

 

 

 

Traduction : Witold Wolowski